Présentation

6 janvier 2012

Plus de nom, plus de visage. Cet homme de 60 ans, un provincial qui gagnait normalement sa vie dans une profession libérale, qui possédait le confort et l’environnement d’un citoyen plutôt aisé, a désormais perdu l’un et l’autre. Il nous écrit une lettre en forme de cri pour nous raconter son histoire, qui ressemble souvent dangereusement à la nôtre, et nous alerter sur la morbidité de nos existences à crédit.

Avec une sincérité poignante, l’auteur qui vit désormais sur les bords du Mékong, dans une petite ferme aquacole spécialisée dans la crevette industrielle, où son errance clandestine l’a mené parmi les surexploités de la mondialisation, démonte dans un souffle puissant tous les stratagèmes des banques et des organismes financiers pour nous faire consommer du rêve et de l’argent. De crédits anodins, en apparence, à la cavalerie de survie… ce sont autant de pièges qui nous entraînent inexorablement dans la spirale infernale du surendettement où l’on perd peu à peu toute identité souveraine. Lui-même, dans un sursaut de vie, a décidé un jour de briser cet engrenage et de s’exiler. S’il témoigne ici, c’est pour éviter à d’autres de tomber dans l’enfer des petites mensualités, par lesquelles sont détruites nos vies – et celle de l’humanité tout entière.
Habitée par la détermination et l’espoir, cette lettre est aussi un ardent manifeste pour lutter contre un système devenu fou et criminel. Les solutions qu’elle propose de mettre en œuvre sont simples et réalistes, pacifiques, à la portée des jeunes et de tout un chacun : refus d’emprunter, désertion des « grandes banques », apprentissage de la sobriété, préservation de notre écosystème et anticipation de ce que sera le monde dans trente ans si, au lieu d’agir, de créer maintenant une nouvelle civilisation, on le laisse entre les mains d’un système qui nous condamne tous.
Flammarion

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Avec l’espoir d’en finir avec le Sarkozo-lepénisme !

4 mai 2012


Voilà plus de six ans que j’ai quitté la France pour échapper aux voyous de la finance et aux pièges du surendettement. Depuis la parution de mon petit livre “Insolvables !” l’an dernier, certains de mes amis me conseillent de ne pas prendre position aujourd’hui dans ce qui se passe dans la vie politique française, et de poursuivre plutôt mes réflexions sur le capitalisme mondial et sur ses méfaits planétaires, ses crimes contre les populations les plus pauvres, d’en témoigner avec ce que je vis chaque jour au fil du Mékong, dans cette Asie du Sud-est écrasée par la Mondialisation, et qui sera ma dernière “Patrie”.
Bien sûr. Mais comment parler de l’Humain, de l’argent, de l’aveuglement des sociétés occidentales et de leur surconsommation, de leur fuite en avant dans la dominance, une dominance artificielle au demeurant, en faisant semblant d’ignorer la tragédie historique qui se joue aujourd’hui en France ?
Bien sûr, je ne suis pas “expert” en politique, je n’ai pas les mains chaque jour dans ce cambouis-là, mais j’ai la faiblesse de penser que nous sommes tous des experts de notre propre vie, des experts de nos rêves et de nos utopies, et que notre expertise citoyenne vaut bien celle de ceux qui en font un métier. Je pense aussi aux mots du poète René Char, qui n’avait rien d’un politologue patenté : « Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût. Nous devons les faire partager, afin d’élever et d’élargir notre action, comme notre morale. »
Alors, voilà ce qu’il m’importe de dire aujourd’hui, voilà où “ma main tremble”, comme aurait sans doute réécrit, en ces heures dangereuses, le philosophe Jacques Derrida, qui condamna les “états voyous”.

L’avocat d’affaires de Neuilly, qui a réussi le douloureux exploit, en moins d’un quinquennat, de transformer la France en soubrette oui-oui des USA et de l’OTAN au service des sociétés pétrolières et des banques, de créer 1 million de chômeurs de plus, de multiplier par deux le nombre d’insolvables et de citoyens vivant sous le seuil de la pauvreté, de laminer le tissu social et économique, le monde de l’entreprise, de ruiner l’éducation, la culture, la santé, l’économie entière de la Nation en augmentant sa dette extérieure de 600 milliards d’euros, Nicolas Sarkozy, donc, s’est rallié ouvertement aux thèses abjectes du Front National, future “Alliance pour le Rassemblement national” qui regroupera bientôt en son sein toutes les forces réactionnaires et xénophobes de la France, celles du FN et de ses satellites – Nouvelle Droite Populaire ou Parti de l’In-nocence, entre autres – et celles de la Droite Populaire classique venue d’une UMP explosée, triomphe de la famille Le Pen.
Il ne lui aura donc pas suffi de s’entourer de Brice Hortefeux, de Claude Guéant et de sa sinistre “plume” Yves Roucaute, rédacteur nationaliste de la querelle sur “les civilisations inférieures”, un lobbyste du pire dont le fantasme est de voir un jour son encre se transformer en sang, celui des “infidèles”. Il ne lui aura donc pas suffi d’humilier le Centre et la droite ordinaire et d’aller patauger dans la tranchée de Mr Patrick Buisson, le fantassin de Minute, de flatter pendant cinq années les racistes “en souffrance”, de les caresser de mots et d’effets d’annonce sous l’oeil des médias complaisants. Non, apparemment, ça n’aura pas suffi.
En croyant vacciner la France contre Marine Le Pen, Sarkozy a répandu le virus du lepénisme, de la xénophobie, dans un ancien pays occupé par les Nazis, par les constructeurs et pourvoyeurs des camps de la mort. 17,9%, un score terrible, un score historique !
Pour conserver une chance, même infime, de rester à la tête de l’État le 6 mai 2012, le président sortant avait besoin d’aller plus loin encore dans cette course folle, dans cette cavalerie, il avait besoin de faire les poubelles du Front National, et il n’en fut en rien incommodé, bien au contraire. Remettre en cause l’espace Schengen, expulser un immigré sur deux, multiplier les lois répressives, encourager les contrôles au faciès, accuser les chômeurs (et bientôt les malades, comme en Grèce) d’être des “assistés”, ressusciter Pétain et Poujade, claironner qu’il veut sauver cette France qu’il a lui-même ruinée et plongée dans le désespoir. Tel est son seul programme, avec l’enrichissement des riches !
À la faveur d’un triste fait divers, le voici, s’il était réélu contre toute attente, sur le point d’accorder un permis de tuer, un permis de chasse aux policiers qui s’estimeront, sur parole, en état de “légitime défense”… Tout citoyen s’opposant à l’arbitraire des forces de police en mettant une main dans sa poche sera dès lors susceptible de recevoir une balle dans la tête, même par derrière. Français, de souche ou non, travailleurs immigrés et touristes étrangers, vous voici prévenus ! L’État policier français dicté par la valseuse de Vienne et son géniteur nostalgique de Vichy est en marche, au pas de l’oie… Et la peine de mort, en version abrégée, sans procès, sans défense, risque d’être rétablie prochainement en France sous les diktats d’un populisme bafouant les Droits de l’Homme.
Dans sa course effrénée, désespérée, pour conserver le pouvoir, Nicolas Sarkozy a fini par lâcher la phrase qui le déshonore à jamais sur son strapontin et le disqualifie aux yeux de l’Histoire : « Le FN est compatible avec la République » !

Non, le racisme et la haine ne sont pas, ne seront jamais compatibles avec la République.
Le racisme et la haine, ce n’est pas une souffrance, c’est le mal qu’il nous faut combattre ! Avec courage, avec obstination ! Il nous faut combattre le Sarkozo-lepénisme chronique par tous les moyens légaux et pacifiques dont nous disposons encore ! Dans les urnes, bien sûr, comme partout ailleurs !
Car si la haine l’emporte, sur fond de crise économique mondiale sans précédent fomentée par les banques internationales – nous n’en sommes qu’au début – et de montée des fascismes européens sous l’effet de la misère, la guerre sera inévitable…
Ce combat-là ne s’arrêtera pas le 6 mai au soir, avec l’élection probable et salutaire de François Hollande. Ce combat-là doit se poursuivre à l’heure des Législatives. Il doit continuer ensuite chaque jour de notre vie, où que l’on se trouve sur la terre, car la haine de l’autre, de l’étranger – l’Histoire nous l’a montré –, n’a jamais engendré que le pire, l’anéantissement de nous-même, l’infamie et la barbarie.

Voilà, c’est ce que le citoyen exilé, non-expert que je suis, avait encore à dire aujourd’hui, avec modération, mais avec conviction.
Et à ceux qui pensent que la victoire de la Gauche est désormais inéluctable, qu’il est vain de tirer sur les ambulances, je répondrai seulement : “Ça dépend où elles vont et de qui est derrière le volant ! Ça dépend aussi du volume de blindés conduits par des racistes décomplexés auxquels elles ouvrent la route… un boulevard”.
Pour conclure ce billet d’espérance par la voix d’un poète, c’est celle de Paul Éluard qui me vient en mémoire :
Entre tous mes tourments entre la mort et moi / Entre mon désespoir et la raison de vivre / Il y a l’injustice et le maheur des hommes / Que je ne peux admettre il y a ma colère / Il y a les maquis couleur du ciel de Grèce / Le pain le sang le ciel et le droit à l’espoir / Pour tous les innocents qui haïssent le mal / […] / Tu ne supportais pas l’oppression ni l’injure / Tu chantais en rêvant le bonheur sur la terre / Tu rêvais d’être libre et je te continue. (“Dit de la force de l’amour” )

Christophe Leclaire, auteur de Insolvables ! Lettre d’espoir au monde que j’ai quitté (Flammarion, 2011)

« 1er-Mai, alerte à l’imposture ! », par Annie Ernaux [R]

29 avril 2012

Certes, à une semaine du deuxième tour de l’élection présidentielle où, malgré toutes les manœuvres, toutes les bassesses, toutes les ignominies pour ramener à lui les électeurs du Front National, le président sortant est donné encore et toujours largement battu par tous les instituts de sondage.
Certes, c’est une bonne nouvelle, et la publication hier par Médiapart d’un document signé par le chef des renseignements libyens prouvant, dès 2006, l’accord passé – et authentifié par Ziad Takieddine lui-même – entre Mr Kadhafi et les hommes de l’ombre de Mr Sarkozy, dont Takieddine, justement, associé à Brice Hortefeux, pour le financement de sa campagne présidentielle de 2007 en est une autre d’excellente augure.
Certes. Mais la bête a la peau dure, et l’hydre sarkozyste des ramifications malsaines et venimeuses dans toutes les couches et tous les espaces de la société.
Cet homme de la division et de la haine, cet homme qui était prêt à offrir le nucléaire français à un dictateur de la pire espèce en échange de son soutien sonnant et trébuchant, cet homme à la solde de l’imposture financière américaine, cet homme de toutes les combines pour enrichir son clan et faire fructifier ses propres intérêts, cet « homme blessé » indigne crache encore son poison avant de disparaître. L’hydre a pondu ses œufs, durablement, et elle espère encore, pensant qu’après elle, au pire, pour le pire, plus rien ne sera comme avant…
Pierre Laurent a raison, dans son édito de l’Humanité : « Il lui faut une défaite cuisante ! ». Car le poison instillé par Sarkozy pendant cinq années, et qui a franchi ces jours-ci le seuil de nocivité tolérable par la République, doit être combattu jusqu’au bout !
Depuis l’affirmation historique de Nicolas Sarkozy qui a chaussé désormais les sabots de Laval, les bottes de Pétain : « Le FN est compatible avec la République », les prises de position des intellectuels (pas tous forcément de gauche) et des politiques de tous bords explosent dans la presse écrite. De BHL sur Atlantico à Jean-François Kahn dans Marianne, d’Arnaud Montebourg à Dominique de Villepin dans Le Monde – « La droite m’effraie, la Gauche m’inquiète »… Et l’ancien Premier ministre aurait pu rajouter, comme les détenus de Cayenne : « L’avenir me terrifie » –, sans oublier la tribune de Jean-Luc Mélenchon dans L’Humanité, tous dénoncent la dérive lepeniste et dangereuse du candidat fébrile qui, s’il doit disparaître – ce qui n’est jamais sûr ! –, aura pollué l’esprit républicain et anéanti durablement et l’économie et les valeurs de la France.
Parmi cette montagne d’articles, tous d’une grande pertinence, il en est un que je trouve remarquable, car il résume bien humainement, de la plus belle manière, « qui » est le président sortant. Ce texte, qui aurait pu aussi s’intituler « Pour une République sociale ! », n’est pas écrit par un « expert » de la politique, mais par une écrivaine de tout premier plan qui, comme tout citoyen, a son mot à dire elle aussi en face de la catastrophe qui s’annonce, au-delà des Présidentielles. Il est signé Annie Ernaux, prix Renaudot 1984, et est publié par le journal Le Monde.
Le voici intégralement.

C. L.

1er-Mai, alerte à l’imposture !

LE MONDE | 28.04.2012 à 12h38 • Mis à jour le 28.04.2012 à 16h56

Par Annie Ernaux

Stupeur, colère – il ose faire ça ! -, ma première réaction à la proclamation de Nicolas Sarkozy de fêter « le vrai travail » le 1er mai sur la place de la Concorde. Puis la sensation d’une blessure. Celle infligée à la mémoire des luttes de plus d’un siècle, partout dans le monde, pour l’obtention de droits sociaux, d’un temps de travail défini et limité, huit heures par jour, quarante-huit heures par semaine, contre un patronat sûr de la légitimité de sa domination, qui ne voulait aucune règle. Des luttes qui, répétées, tenaces, aboutiront en France au Front populaire, changeant la vie de la majorité des gens. Mais aussi des luttes dans lesquelles des ouvriers ont été blessés, sont morts : le 1er mai 1891, à Fourmies, dans le Nord, un homme, quatre garçons et quatre filles entre 14 et 20 ans ; le 1er mai 1906 – l’année de naissance de ma mère qui travaillera dans une usine dès l’âge de 12 ans -, deux morts à Paris.

Même si sa signification s’est affadie, même s’il est surtout accueilli comme la chance d’un jour férié, si les défilés et rassemblements sont plus ou moins nombreux, le 1er-Mai est un « lieu de mémoire« , tel que l’a défini l’historien Pierre Nora, c’est-à-dire de fête, d’emblème, de monument, etc., où s’incarne la mémoire nationale. Autant qu’un symbole de la lutte internationale des travailleurs, il est un lieu de la mémoire sociale des Français et il n’est, je crois, personne qui ne le ressente comme associé à l’idéal républicain de liberté, d’égalité, de fraternité. A preuve, le 1er mai 2002, qui a vu un million et demi de citoyens descendre dans les rues pour manifester leur attachement à ces valeurs.

Le propre de ce gouvernement a été d’oser tout. De nous surprendre en osant tout. D’avoir toujours un temps d’avance sur ce qu’on pouvait imaginer. En ces derniers jours de son mandat présidentiel, Nicolas Sarkozy aux abois s’empare sans vergogne de la fête du 1er-Mai, la confisque à son profit pour faire coup double : occuper le terrain dans tous les sens du terme à la place des syndicats et de la gauche, passer sur ces corps intermédiaires dont il souhaite la suppression, qu’il méprise ouvertement – « quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit« , s’est-il vanté naguère – faire l’événement du jour et se rallier les électeurs de Marine Le Pen, voire d’autres, que ce slogan du « vrai travail » séduirait, comme il y a cinq ans celui de « remettre la France au travail ».

En 1941, Pétain avait fait main basse sur le 1er-Mai pour le vider de son sens de lutte internationale, remplaçant la Fête des travailleurs par la « Fête du travail et de la Concorde sociale« . Les contextes historiques diffèrent mais on peut assimiler la captation du 1er-Mai par Nicolas Sarkozy à celle de Pétain. Pour les tristes raisons que l’on sait, le chef de Vichy faisait appel à « l’union nationale », Nicolas Sarkozy, lui, est clairement dans une stratégie de division nationale, la même qu’il applique avec constance depuis qu’il a été élu. C’est uniquement là qu’il n’a pas varié et que, malheureusement, il a obtenu ses meilleurs résultats, peut-être, hélas aussi, les plus durables.

Gouverner, c’est diviser, tel est le système Sarkozy. Mais diviser en stigmatisant, en dressant une partie de la population contre l’autre. Depuis 2007, il n’a eu de cesse de créer, d’inventer, par son discours, deux catégories de citoyens, dont l’une est désignée comme responsable des problèmes de l’autre, qu’elle menace sourdement. Ces catégories sont mouvantes, mais toujours tranchées, Français/immigrés, travailleurs/assistés, gens honnêtes/délinquants, victimes…

Le discours sarkozien les a si bien installées dans nos habitudes de pensée, ces catégories, qu’il n’est plus besoin qu’elles soient expressément désignées, l’allusion suffit, instantanément décodée par tout le monde, avec les connotations négatives qui leur sont associées. Ce qui est bien sûr le cas ici avec l’expression « vrai travail », qui sous-entend non l’existence absurde d’un faux travail ni même de faux travailleurs (sauf peut-être sans-papiers, clandestins) mais celle de « faux chômeurs », qui ne cherchent aucun travail, des « assistés « , terme en vogue depuis cinq ans, donc une catégorie de profiteurs paresseux, naguère soupçonnés de faire la grasse matinée, quand d’autres « se lèvent tôt ».

Dans ce système binaire qui violente la réalité complexe du pays, sa diversité sociale et culturelle, qui attise les haines, il y a, d’un côté, une France méritante, courageuse, respectueuse des lois, la « vraie » France, légitime sur son sol ancestral, et de l’autre, une population indigne qui n’a pas vocation à incarner cette vraie France, constituée qu’elle est de « communautés » – terme d’exclusion dans le répertoire du chef de l’Etat, repris par les médias sans discussion – d’origine étrangère, d’individus parasites. Un ensemble flou, menaçant, auquel, selon les moments et les circonstances, sont adjoints les grévistes, les profs, voire les juges, censés relâcher tous les délinquants, et « les élites « . La vraie France a droit à des flots de compassion, parce qu’elle « souffre », leitmotiv de la campagne de Sarkozy, l’autre, souvent la plus pauvre et la plus fragile, est vilipendée, livrée en pâture à la première comme source de ses malheurs.

On se souvient peut-être d’une séquence télévisuelle de 1987 qui montrait le candidat Sarkozy en campagne, évoluant dans un wagon du RER au milieu des voyageurs tranquilles. Il se penche vers une dame assise, l’interpelle avec une incroyable, étrange excitation : « Vous avez peur, hein, madame, vous avez peur ? » La voyageuse le regarde avec étonnement, presque de l’ahurissement, sans répondre. Véritable scène révélatrice et annonciatrice de la gouvernance qu’il a mise en oeuvre depuis cinq ans : susciter la peur, des fantasmes de peur, pour apparaître comme le protecteur.

C’est là toute l’imposture de ce qu’on ne saurait pas même appeler une idéologie, mais un plan cynique pour occulter une politique qui favorise les banques, les patrons du CAC 40, les actionnaires, les bailleurs de multiples appartements, les hauts revenus et les exilés fiscaux. L’imposture, elle est là encore, évidente, révoltante, dans cette communion prévue le 1er mai autour d’une valeur travail déconnectée de l’emploi et du salaire, de la hausse des loyers, des étiquettes de prix au supermarché et du coût des soins dentaires.

Quel travail, où le travail, quand des usines licencient, ferment du jour au lendemain, que les files d’attente s’allongent à Pôle emploi ? Pour qui le travail, à la couleur de la peau, à l’âge ou au diplôme ? Comment le travail, dans une atmosphère de harcèlement, dans les déplacements quotidiens au bout du RER ou les trajets de 50 km à l’aube ? Combien le travail, 1 000, 1 500 euros dont il faut déduire le loyer de 500 euros ? Rien de tout cela n’importe à un candidat qui, depuis cinq ans, n’a cherché qu’à déréglementer le travail, à l’imposer le dimanche, à détruire le service public d’éducation et de santé, à « rassurer les investisseurs ».

Le 1er-Mai de Sarkozy et de l’UMP, c’est en réalité la fête du libéralisme dur, « décomplexé », dont l’ambition est de néantiser la représentation syndicale et d’étouffer les luttes sociales. Place de la Concorde, derrière les majestueuses fenêtres de l’Hôtel Plazza et des appartements de 300 m2, les gens pourront regarder le spectacle avec amusement.

C’est tout à l’honneur de François Hollande de rompre avec cette vision d’une France en guerre contre l’autre, par exemple en refusant, ces jours-ci, de revenir sur son projet de vote des étrangers aux élections locales, vote qui rapprocherait les habitants, oeuvrerait à ce vivre-ensemble qui se réalise peu à peu et sans drame dans des villes de la grande banlieue, comme celle où je réside. Ou en s’opposant au principe d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, issue du programme de l’extrême droite, porte ouverte à tous les droits en matière de répression, pierre angulaire d’un système policier.

Il faut casser cet imaginaire de suspicion et de haine qui empoisonne le pays, mais cela ne se fera qu’en engageant la lutte pour un partage des richesses, l’égalité dans l’éducation, l’accès aux soins, à la culture, des conditions de vie meilleures pour tous. Pour une République sociale.

Annie Ernaux

Née en 1940, Annie Ernaux est agrégée de lettres modernes et a enseigné au lycée avant de devenir écrivaine dans les années 1970. Auteure de nombreux romans en partie autobiographiques, elle a obtenu plusieurs prix, dont le prix Renaudot en 1984. Elle revendique dans son oeuvre littéraire une démarche empruntée aux sciences humaines, inspirée par la sociologie de Pierre Bourdieu. Son dernier ouvrage est « L’Atelier noir » (Editions des Busclats, 2011).

Retrouvez cet article sur Le Monde

Pour un Pacte Républicain contre le Sarkozo-lepenisme !

25 avril 2012

À l’image de la carriériste Rama Yade, piégée entre sa couleur de peau exécrée des Français souchiens de l’extrême et ses désirs de postes, prise à la gorge par le choix officiel du Patron, Nicolas Sarkozy, de faire une alliance historique avec le FN, scandaleusement adoubé comme « compatible avec la République » (sic !), 36% de l’électorat de l’ancien Président, qui n’a aucune fortune quant à lui à espérer d’une réélection inimaginable du fossoyeur de l’UMP et de la politique tout entière, ne sait plus sur quel pied danser.
Que vaut-il mieux : un socialiste sage qui mènera une France sans réel entrain, sans remise en cause des méfaits du capitalisme, sur les rails rassurants d’un déclin dans la somnolence, ou bien un dangereux malade qui ramènera brutalement la France aux pires heures de son Histoire en s’alliant avec les fascistes ?
La réponse me paraît évidente. Mais pour qu’elle soit validée le 6 mai 2012, il est impératif que François Hollande et les siens d’une part, et les vrais Républicains de droite et du centre d’autre part, ne s’engouffrent pas tête baissée dans cette manipulation sarkozyste de la dernière chance – celle qui lui permettra d’échapper encore 5 ans à la Justice –, en chassant à leur tour l’électeur du FN.
L’électeur du FN, on s’en fout ! Laissons-le naviguer d’un camp à l’autre avec son inculture crasse et ses sentiments de comptoir ! Laissons ces atrophiés de la conscience gambader dans leur haine, leurs préjugés et la peur de leur ombre ! Laissons-les à leur « grande souffrance », celle dont Nicolas Sarkozy et sa clique mafieuse sont les seuls responsables, souffrance que partage d’ailleurs la majorité de la population française sans pour autant se vendre à la valseuse de Vienne.

Oui, on s’en fout ! Cet électorat-là, composé en majorité d’égarés volatils, de faibles et de lâches, d’individus acculturés et d’intellectuels dévoyés, composé de cas psychiatriques, d’appauvris qui en redemandent et de va-t-en-guerre au nom de la chrétienté, de gens qui n’ont aucun avis sur rien tout en se plaignant de tout, planqués derrière leur paillasson et les inepties calculées des JT, cet électorat-là, il faut bien le comprendre, il n’a aucune assise et aucune consistance ! C’est un dommage collatéral de la démocratie, et non son expression. Il appartient aux vrais Républicains de l’ignorer purement et simplement ! En développant la culture et l’éducation, en luttant contre la misère chronique engendrée par le sarkozysme, en respectant la dignité du peuple et du citoyen, en lui permettant l’accès à un travail payé décemment, à un logement salubre, aux soins, etc., bref en reconstruisant le tissu social et économique laminé par le président des riches et des spéculateurs, cet électorat-là disparaîtra de lui-même avec les avancées sociales indispensables qu’il faudra entreprendre au plus vite. Il n’en restera que l’irréductible squelette fasciste, la haine dans son plus simple appareil… Aux lois républicaines et à la Justice de faire alors leur travail !
Ne l’oublions jamais : c’est la misère et l’humiliation qui ont porté Hitler au pouvoir !

Amis de droite, amis du centre, ne vous associez pas à cette ultime et terrible manoeuvre de celui qui restera dans les livres d’Histoire comme un bouffon tragique, un pathétique guignol sans autre idéologie que celle du système corrompu et mafieux qu’il a mis en place ! Et il sera jugé pour ça ! Dès juin 2012, si vous l’arrêtez aujourd’hui dans son carnage dément !
Amis socialistes, amis de gauche, ignorez cette provocation de Sarkozy, le tartuffe du CRIF qui brûlerait père et mère pour conserver son immunité, ignorez les électeurs frontistes, les héritiers inconscients des génocides fascistes, ne les draguez pas, ne leur souriez pas, ne vous souciez pas d’eux, cela ne sert à rien : leurs voix se disperseront naturellement le 6 mai comme de la mauvaise graine dans les caprices du vent ! 80% d’entre elles ne tomberont jamais dans le camp de celui qui les a toujours méprisées quand ça l’arrangeait !
Restez vous-mêmes, dans la dignité ! Sarkozy rompt le Pacte Républicain, le Pacte d’honneur, et réhabilite officiellement le FN de Jean-Marie Le Pen. Lui seul, désormais, doit porter la responsabilité historique d’une pareille infamie !
C’est en restant vous-mêmes que le Peuple vous rejoindra massivement ! Faites vôtre cet argument et, au lieu de vous tordre les mains, appelez dès à présent à un Nouveau Pacte Républicain contre Sarkozy et ses alliés du pire ! Dans le cas contraire, il vous emportera alors avec lui dans le naufrage inéluctable de la France.
Le courage et la dignité, c’est maintenant !

Christophe Leclaire, Auteur de Insolvables ! lettre d’espoir au monde que j’ai quitté (Flammarion, 2011)

[R] L’affaire Karachi progresse, Takieddine accuse Sarkozy

24 avril 2012

L’agence REUTERS vient de faire paraître un communiqué, mardi 24 avril 2012, à 12h02. Comme il s’agit d’une excellente nouvelle, et qu’une certaine presse va s’empresser de la minimiser par tous les moyens, je ne résiste pas au plaisir de la partager.

C. L.

PARIS (Reuters) – L’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine était à nouveau interrogé mardi dans l’enquête sur une possible corruption en marge de la présidentielle de 1995, où sont mis en examen plusieurs proches de Nicolas Sarkozy.

A son arrivée au pôle financier du tribunal de Paris, il s’en est pris à Nicolas Sarkozy, n’hésitant pas à s’adresser aux électeurs pour leur demander de le chasser de l’Elysée.
« Je m’adresserai aux Français pour leur dire à qui ils vont avoir affaire s’ils ne font pas les choses qu’on leur offre de faire, (…) éradiquer ce système de corruption qui vous mène depuis quelques années, depuis 1995, et en tous cas fortifié aujourd’hui« , a-t-il dit aux journalistes.
Il a mis en cause « un système qui gère la France et qui a la tête quelqu’un qui s’appelle peut-être le président de la République« . Il propose aux électeurs de voter pour quelqu’un de « propre« .
Mis en examen pour « complicité et recel d’abus de biens sociaux » depuis fin 2011, Ziad Takieddine devait être mis en examen à nouveau pour « blanchiment » d’argent, le parquet ayant donné son feu vert à des poursuites sur ce chef après de nouvelles découvertes à l’étranger.
Les juges sont sur la piste d’un possible détournement de commissions légales convenues en marge de la vente de sous-marins au Pakistan (84 millions d’euros) et de frégates à l’Arabie saoudite (200 millions d’euros) dans les années 1990. Un attentat au Pakistan en 2002 où 11 Français sont morts pourrait être lié.
L’hypothèse de travail est qu’une partie de cet argent a été retirée en espèces et réacheminée vers Paris pour financer la campagne d’Edouard Balladur en 1995, dont l’actuel chef de l’Etat était le porte-parole.
RETRAITS EN SUISSE

Selon des documents résultant d’enquêtes à l’étranger demandés par le juge Van Ruymbeke, des sommes soupçonnées de provenir de ces fonds sont sorties d’un compte en Suisse d’Abdul Rahman al Assir, ex-associé de Ziad Takieddine.
L’argent est ensuite parti au Koweït, puis a été retiré en espèces, opération qui constituerait le « blanchiment ». Ziad Takieddine est soupçonné mais il nie tout rôle dans ce circuit.
Les importants retraits d’espèces en Suisse se situent dans une période proche d’un versement, toujours en espèces, de dix millions de francs (1,5 million d’euros) aux comptes de la campagne Balladur, en avril 1995.
Au total, plus de 20 millions de francs en espèces (trois millions d’euros) ont été versés aux comptes Balladur. Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne et Thierry Gaubert, un ami de Nicolas Sarkozy sont déjà mis en examen.
Edouard Balladur justifie les espèces par des ventes de T-shirts et de gadgets de campagne. Abdul Rahman al Assir et Ziad Takieddine étaient, selon d’autres dépositions versées au dossier, imposés comme intermédiaires par le camp Balladur dans les contrats saoudien et pakistanais.
Selon un rapport de police luxembourgeois versé au dossier, Nicolas Sarkozy pourrait avoir contribué en qualité de ministre du Budget (1993-1995) à la création au Luxembourg de structures off shore liées à ces manoeuvres. Il le nie.
En cas de défaite à la présidentielle, il pourrait être interrogé comme témoin par le juge Van Ruymbeke à partir de juin mais pas poursuivi, les faits relevant a priori de la Cour de justice de la République, seule compétente pour les anciens ministres.
Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal

Photo d’archives/REUTERS

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Insolvables, Insolventes, Falidos, Insolventi ! Tous ensemble contre le capitalisme !

9 avril 2012

Alors que le gouvernement de Mario Monti, l’homme de Goldman Sachs nommé en novembre dernier par le Président italien pour sortir illusoirement le pays de la crise, vient de lancer une campagne de lutte sans pitié contre l’évasion fiscale, deux hommes modestes, deux citoyens ordinaires, viennent d’être poussés au suicide, le jeudi 29 mars 2012, une fois encore par le surendettement.
À bout de force, ils ont voulu en finir d’une manière hautement symbolique : en s’immolant par le feu. « En flammes pour les impôts : le fisc est en train de tuer le pays », peut-on lire à la « une » du quotidien de droite Il Giornale. « La tragédie d’un homme étranglé par la crise économique », évoque le journal de gauche La Repubblica.
Le maçon Giuseppe C., 58 ans, poursuivi pour fraude fiscale à Bologne – la belle affaire pour une Justice toujours au service des riches ! –, a préféré la mort publique à sa tragédie intime. Avant d’assister à son procès et de commettre l’irréparable, Giuseppe C. a écrit des lettres au Trésor public, à sa femme et à ses amis pour expliquer son geste désespéré. Il se trouve aujourd’hui à l’unité des grands brûlés de l’hôpital de Parme, indiquent les médias italiens, dans un état très grave. Un Marocain âgé de 27 ans a quant à lui commis un geste identique sur une place de Vérone, après avoir hurlé qu’il n’avait pas été payé depuis 4 mois…
« C’est un terrible signe de désespoir, un cas unique de détresse qui illustre un moment de grande difficulté« , a commenté l’ex-chef de gouvernement de gauche Romano Prodi.

Un cas unique ? Un « moment » de grande difficulté ? À croire que Romano Prodi ne lit pas la presse italienne ! Pas plus que Mario Monti, d’ailleurs, qui n’a pas commenté, sans doute indifférent à la multiplication de tels « faits divers ».
Jour après jour, l’Italie, comme la France, s’enfonce dans la misère inavouable et le désespoir ! Chaque jour des hommes et des femmes en finissent pour ne plus affronter la déchéance dans laquelle les banques et l’oligarchie à la solde des marchés les a plongés !
(Et je ne parle même pas de l’explosion généralisée de la prostitution !)
Certes, ce sont là les premiers désespérés qui agissent ainsi en choisissant le feu public pour échapper aux larmes, mais combien d’autres se suicident chaque jour dans l’ombre ?

28 mars 2012. La Grèce s’émeut de ce retraité de 77 ans, Dimitris Christoulas, ancien pharmacien sans ressources et couvert de dettes, qui se tire une balle dans la tempe en plein cœur d’Athènes, place Syntagma, pour retrouver sa dignité… Mais il faut bien comprendre que c’est tous les jours et dans tous les pays d’Europe, cette Europe malade du capitalisme cynique, que de plus en plus d’êtres humains décident d’en finir d’une façon radicale. Dimitris Christoulas, avant d’accomplir son geste, a écrit dans une lettre émouvante et prophétique glissée dans son manteau :
« Le gouvernement (..) a réduit littéralement à néant mes possibilités de survie, qui étaient fondées sur une retraite honorable pour laquelle j’ai payé seul (sans contribution de l’État) (toute ma vie). Étant parvenu à un âge qui ne me donne pas la possibilité d’une réaction dynamique (sans pour autant exclure que si un Grec attrapait une kalachnikov je n’aurais pas été le second), je ne trouve pas d’autre solution qu’une fin digne, avant que je ne commence à chercher dans les poubelles pour me nourrir. Je pense qu’un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et qu’ils pendront les traîtres sur la place Syntagma, comme les Italiens ont fait avec Mussolini en 1945 [sur la place Peretto de Milan].»

Après la Grèce et le Portugal – et avant la France, quel que soit le résultat des élections –, l’Espagne et l’Italie sont aujourd’hui sous les griffes des spéculateurs et des négriers.
L’Italie, entrée fin 2011 en récession, croule sous une dette colossale (120% du PIB), dépassant les 2000 milliards d’euros, avec un taux de chômage équivalent à celui de la France, c’est-à-dire près de 14% de la population, en chiffres réels non trafiqués par les manipulations administratives !
La mafia, canal historique, à l’instar de l’oligarchie gouvernante mafieuse, s’enrichit sur le dos de la crise. Elle est devenue l’une des premières banques d’Italie, assurant à des taux exorbitants des prêts aux commerçants et aux entreprises que les banques ne veulent plus leur accorder… Certains banquiers, ma foi pas plus corrompus que d’autres, assurent même le contact direct de leurs meilleurs clients, les plus désespérés, avec les officines clandestines !
Et la seule réponse des gouvernements technocrates à la solde des banques qui sont à l’origine de la Crise, c’est plus d’austérité, plus de rigueur, plus d’efforts !

Ça suffit, cette mascarade ! Ils sont en train de transformer l’Europe en un champ de ruines, en un mouroir honteux où les citoyens écrasés, surexploités, surendettés, alimentent les casinos de l’oligarchie financière et le train de vie de toutes les mafias !
Ça suffit de mourir pour rien ! Nous n’avons aucune vocation, ni civile ni religieuse, à être des martyrs ! Aucune nécessité à être des esclaves du capitalisme assassin !
Avec « Insolventi ! Contro le banche » (Bompiani), j’apporte mon témoignage et j’en appelle au réveil des Peuples, à leur sursaut de vie ! Voulons-nous vivre, ou voulons-nous mourir ?

Nous avons tous ensemble le pouvoir de dire NON ! Le pouvoir de nous mobiliser massivement contre ce capitalisme fou ! Il n’est plus temps de s’indigner, mais d’agir ! Il n’est pas temps de mourir pour sa dignité, pas plus que de vivre à genoux, mais d’agir tous ensemble pour construire une Europe des Peuples, de dire NON à ce système moribond du capitalisme qui nous mène à la mort et à la destruction de notre humanité, de notre planète ! Le capitalisme n’a aucun avenir ! Serons-nous capable de le remplacer par une autre vision du monde, ou disparaîtrons-nous avec lui ?

« Insolventi ! » paraît aujourd’hui en Italie, un an après la sortie de « Insolvables ! » en France, de « Insolventes ! » en Espagne, de « Falidos ! » au Portugal… En un an, on le voit, la situation des peuples n’a fait qu’empirer, en Italie comme partout ailleurs, sous la gouvernance des banquiers et des spéculateurs ! Elle n’a fait qu’empirer à cause de notre soumission, de notre sentiment de honte, de notre passivité fataliste qui nous mène sous le seuil de la pauvreté ! Arrêtons de perdre du temps et d’être les spectateurs impuissants de notre précarité, de notre destruction !
Le sursaut de vie et d’humanité ne peut venir que du mouvement citoyen et pacifique des peuples européens pour retrouver enfin leur souveraineté et leur vraie dignité, en se débarrassant des banques criminelles et de leurs hommes de paille qui trônent aujourd’hui à la tête d’États corrompus ! Restaurer de véritables démocraties en lieu et place de ces ersatz absurdes dirigés par des Mario et autres marionnettes ubuesques d’une croissance qui nous miniaturise, nous instrumentalise et étiole notre âme, tel est notre Devoir !
Vivons et grandissons, vivons et luttons, vivons et agissons pour notre avenir, au lieu de mourir inutilement pour celui des politiciens affairistes, comédiens et menteurs, et des voyous de la finance mondiale !
Ça suffit, les sacrifices pour enrichir les riches ! Non à l’euthanasie des Peuples d’Europe !

Christophe Leclaire
Auteur de « Insolvables » (Flammarion), « Insolventes« , « Falidos » et « Insolventi ! Contro le banche » (Bompiani, 4 avril 2012).

Président à la ville, Candidat en campagne… Pour une Présidence de la République par Intérim !

27 mars 2012

Le feu de l’émotion à présent retombé, comme toujours, mais de plus en plus vite dans une société de consommation boulimique se nourrissant des péripéties dramatiques de son propre destin, vient le temps des questions, des doutes, des suspicions. C’est là un temps empoisonné où la démocratie chancelle, où la fracture s’instaure, plus vive que jamais, entre le clan de la peur qui justifie tout, qui veut amalgamer faciès et religions “d’apparence”, islam et intégrisme pour mieux emmurer les frontières, et le camp de la raison qui, la dignité du recueillement passée, s’efforce de réfléchir, de comprendre et d’analyser, fort de sa confiance en l’humain, en sa capacité à gérer les conflits, et de sa conscience du monde d’aujourd’hui, dangereux et de fait en danger.

Le temps des questions, des doutes, des suspicions

Ainsi, le meurtrier ayant trouvé la mort dans des circonstances hautement prévisibles, savamment programmées, médiatisées, par un Ministre de l’Intérieur en congé technique de campagne, devenu speaker permanent et correspondant de guerre pour toutes les chaînes de France – encore mieux que son « Patron » sur seulement 6 chaînes à la fois ! –, nul ne saura jamais pourquoi le citoyen français et algérien Mohamed Merah, jeune branleur désoeuvré de nos banlieues ghettoïsées, sacrifiées, stigmatisées par les gouvernements qui, dans leur incurie, les ont abandonnées depuis longtemps à tous leurs trafics “surveillés”, pourquoi ni comment ce jeune homme acculturé et fragile mentalement a basculé un jour brutalement dans l’horreur.

Monsieur Guéant et le clan UMP dirigé par le Président en fonction, candidat en difficulté, ont tort de s’indigner de nos suspicions, de nos doutes et de nos questions légitimes dans un État de droit. Tous ces Poutine à la française et leurs clowns berlusconiens du tweet nous ont habitués tant et plus à tant de mensonges énormes, aujourd’hui avérés (affaire Woertz-Bettencourt-Sarkozy-De Maistre, etc.), à tant de montages scabreux aux mallettes baladeuses (affaire Karachi, etc.) pour servir les intérêts de cette oligarchie malade et asseoir ses prérogatives, à tant de collusions avec les dictateurs du monde et la criminalité de haut vol – Djouri et Takieddine en tête, les amis du « Patron », les amis de Jean-François Copé (Ah, la fameuse photo relax sans Rolex dans la piscine de Ziad T., le truand aux Secrets d’État !), mais aussi, évidemment, les amis de Bernard Squarcini, le directeur de la DCRI placé par Sarkozy et resté curieusement en fonction malgré sa mise en examen le 17 octobre 2011 dans l’affaire dite des “fadettes” –, ils nous ont habitués à tant de manipulations médiatiques hallucinantes depuis la prise en main de l’Intérieur par leurs sombres réseaux, habitués à tant d’infamies pour sauver leurs amis, leurs banques, leurs postes et tous les obscurs prédateurs du capitalisme mondial, ils nous ont habitués à tant de laideur d’âme qu’il nous est possible aujourd’hui de tout imaginer, même l’inacceptable, puisque l’inacceptable fut par le passé accepté.

Manipulation ou incompétence ?

Nous sommes nombreux à nous demander à présent si Mohamed Merah n’a pas été manipulé, téléguidé, “réveillé” au moment propice, un mois avant les élections, pour assouvir sa folie meurtrière bien “tracée” par la DCRI de Bernard Squarcini, le pion damné de Sarkozy.

Il y a tant de maladresses et de contradictions entre les témoignages des uns et des autres – Guéant, Squarcini, Hautecloque, Mollins, Prouteau, etc. –, entre le parcours “touristique” et psycho-idéologique entrepris par le jeune meurtrier sous influence et cette soi-disant absence de suivi par la DCRI qui, dans le même temps, affirme l’avoir « tracé » depuis… 2007!

Sans parler du bon sens commun qui estime que, lorsque l’on veut réellement capturer vivant un monstre pour qu’il parle, on ne monte pas une pareille mise en scène à grand spectacle, à gros budget, un pareil psychodrame grand public relayé en direct live par tous les médias ! Dans ce cas-là, si telle avait été l’intention de départ de Squarcini et autres traders sur le marché de la Sécurité, on fait preuve pour le moins d’un minimum d’inventivité en déployant seulement quelques hommes en civil pour neutraliser l’individu facilement pendant qu’il accomplit une tâche de la vie courante… Cela tombe sous le sens ! Au lieu de ça, le Président encore en exercice et son “Squale” choisissent de s’engager dans un laborieux et pénible épisode de télé-réalité, un super killer-game grandeur nature commenté et mimé avec force suspense par le ministre de l’Intérieur himself…

À 30 jours du premier tour ! On croit rêver !

Manipulation politique ou incompétence policière ? Dans les deux cas, l’UMP aurait tort de se réjouir, car ils témoignent l’un comme l’autre d’une faillite : celle de la morale d’un côté – mais ça, on le sait depuis longtemps –, ou celle des discours protecteurs et sécuritaires qui se révèlent être du vent quand on doit en arriver à cette extrémité tapageuse avec un individu dangereux et « suivi » par le SRPJ de Toulouse et la DCRI… À chacun de choisir !

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas, puisque le candidat Sarkozy, en rupture de campagne pour imposer le silence aux autres tout en donnant la parole exclusive au Président Sarkozy, stagne encore et toujours dans les derniers sondages, quasiment à hauteur avec son copycat de la Gauche libérale… Seul Mélenchon progresse, porté par cet inaltérable espoir d’en finir enfin avec tous les mensonges de la classe politique et toutes les turpitudes de cette Ve République affairiste, exsangue et corrompue.

Pour une Présidence de la République par Intérim !

Afin d’éviter à l’avenir toute tentative de manipulation, toute récupération sordide de faits divers d’apparence plus ou moins télécommandés, il me semblerait sain que tout président sortant désireux de postuler à un nouveau mandat démissionne aussitôt, comme tout ministre rejoignant l’équipe de campagne – NKM l’a fait –, de toutes ses fonctions électives dès l’instant où il fait acte de candidature.

Comme en cas de décès du Président ou d’empêchement majeur de celui-ci pour raison de santé ou autres, et pour éviter la vacance du Pouvoir, le Président du Sénat (ou de l’Assemblée Nationale, si Jean-Luc Mélanchon venait à le dissoudre) exercerait, par intérim, constitutionnellement, la fonction présidentielle, comme Alain Poher en son temps le fit à deux reprises.

Ainsi, nous n’assisterions plus à ce spectacle pitoyable d’un candidat en campagne qui, malmené dans les sondages qui plus est, en complicité potentielle avec ses services de police, redevient brusquement président par un tour de passe-passe bien calibré, impose une unité nationale factice, envahit les médias et prend les écrans en otage avec un temps de parole laissé à sa seule volonté, reléguant ses rivaux au rang de simples potiches médusées, raidies, bâillonnées, comme flashées et assourdies par un tir de grenade…

Ainsi, tous les candidats seraient à égalité devant le suffrage universel, sans occulter dès lors, au profit d’une actualité effroyable propice à l’émotion, les priorités réelles et légitimes des Français : la hausse constante du chômage, la hausse de la précarité, la progression spectaculaire du nombre d’insolvables, la baisse du pouvoir d’achat, la perte de notre souveraineté, l’endettement de l’État, la multiplication des taxes au détriment de tous (sauf des riches), le cynisme des banques, l’injustice chronique, l’Éducation, la Santé, la Culture en danger, l’anéantissement des Services Publics, la vie privée menacée et la liberté surveillée sur le Net, etc. La Sécurité est une priorité parmi d’autres – et l’on voit combien elle a failli sous cette présidence Sarkozy ! –, elle ne doit pas polluer, étriquer, étouffer et avilir le débat démocratique.

Une Présidence par Intérim nous aurait sans doute évité cette fin de règne pathétique et nauséabonde…

Christophe Leclaire, Auteur de Insolvables ! lettre d’espoir au monde que j’ai quitté (Flammarion, 2011)

“Aidez-moi !”, dernier single de N’Sarko déjà dans toutes les BAC

23 mars 2012

Voilà, le couplet toulousain si habilement rythmé par la DCRI, arrangé par le ministre de l’Intérieur et nombre de médias complices ou avides de clics publicitaires, s’achève de la plus belle manière, dans les fumées de poudre entre les deux yeux et les mots rapportés – bien obligé d’y croire – qui servent l’idéologie de leurs rapporteurs. Le refrain du rappeur du groupe UMP peut désormais reprendre, galvanisé par une peur nauséabonde instillée, entretenue et développée de longue date dans le terroir de France comme un microbe mortifère dans une boîte de Pétri :
Aidez-moi ! Aidez-moi !”.

Il faut toute la naïveté servile d’un Nicolas Demorand dans son Edito de Libération pour féliciter l’émotion, la retenue et la sincérité d’un N’Sarko qui, selon lui, a su trouver les mots justes, les mots rassembleurs, les mots que la France forte mais terrorisée attendait. Il faut beaucoup de naïveté feinte et pleine d’encouragements larvés pour la suite de la campagne pour regretter qu’ils n’aient pas été prononcés plus tôt… Comment auraient-ils pu l’être, puisqu’il leur manquait l’événement effroyable et la tragédie nationale qui pouvait promouvoir le disque ?

Le rappeur N’Sarko a eu beaucoup de “chance”, la chose est indéniable !
D’abord, un malheureux gamin de l’une de ces banlieues que la France ghettoïse, déscolarise, humilie, déculture, abandonne à tous les trafics, comme on enfouit des déchets nucléaires dans le sol. 15 condamnations au casier, des séjours en prison au sortir de l’adolescence, et aucun suivi judiciaire, psychologique ou autres pour le citoyen français Mohamed Merah ! Qui n’a cessé de couper les vivres et les moyens d’agir à la police de proximité, à l’encadrement social, carcéral et à la justice ?

C’est donc dans ces prisons de la France forte que le jeune branleur M., amateur jusqu’ici de foot, de bagnoles et de jolies filles, comme tant d’autres, découvre dans son cerveau crétinisé une issue identitaire, une porte de sortie imbécile, criminelle, au mal être engendré par une société qui n’a de valeurs consacrées, fouquetisées, sacralisées, que le pouvoir, le cynisme et l’argent.
L’esprit fragile de M. est en pleine confusion : l’Islam, la débrouille délinquante et la Patrie française y mènent une lutte sans merci qu’aucun soi-disant expert salarié n’est fichu de comprendre. Il veut s’engager dans l’armée pour servir le drapeau tricolore, mais sans pédagogie aucune, on jette son désir aux orties au prétexte de son passé judiciaire, ce qui amorce le choix funeste et ouvre une voie sans radar de contrôle à la radicalisation.

M. M., pour se valoriser et donner du sens à sa vie, effectue alors un voyage en Afghanistan, passe deux mois dans les zones tribales : entraînement aux armes, endoctrinement intensif… À son retour, le foie atteint par une hépatite, la DCRI l’interroge sur les raisons de ce voyage. “Tourisme !”, lui répond le courageux voyageur en montrant son bronzage et, comme l’assure le Ministre de l’Intérieur, avec « force photos » [sic] à l’appui… La DCRI le remercie de ses réponses limpides et lui souhaite bon retour en France et bon rétablissement… Notons que la question de savoir avec quel passeport il a voyagé, vrai ou faux, n’apparaît aujourd’hui dans aucun discours, aucun média… Même le baroudeur Yves Calvi l’élude… Curieux.
C’est à partir de cette date, nous dit-on avec une assurance qui n’est guère rassurante, que M. M., devenu un redoutable Salafiste au RSA menant notoiremment grand train, est « tracé » par la DCRI, surveillé de près, jour et nuit, alors qu’il est déjà blacklisté dans bon nombre d’aéroports, notamment aux États-Unis.

La question que tout bon journaliste d’investigation – ce que je ne suis pas – devrait se poser maintenant, c’est : “Que s’est-il passé pendant ces deux années de « traçage » obscur, de prétendue « surveillance » dans l’ombre par la DCRI encadrée et dirigée par Bernard Squarcini, l’ami du sulfureux marchand Alexandre Djouri (1), si précieux paraît-il au Ministre de l’Intérieur, et du rappeur N’Sarko, Squarcini lui-même mis en examen le 17 octobre 2011 et curieusement maintenu dans ses hautes fonctions au service de la République ? Et pourquoi le tueur odieux et sanguinaire Mohamed Merah, si fragile mentalement, multi-récidiviste, multi-fiché, “suivi” et monté malgré tout en puissance d’infamie, n’a-t-il pas été interrogé, perquisitionné, aux premières heures du premier attentat ?”

Journalistes indépendants, avant que la France ne bascule définitivement dans le totalitarisme d’un État policier, raciste, affairiste, machiavélique et manipulateur, à vos plumes et à votre travail ! Relisez le manifeste d’Albert Camus à votre profession ! (2) Et planquez bien vos sources et vos ordinateurs ! Gare aux barbouzes de la France forte !

Il y a du Pulitzer dans l’air… C’est mieux qu’un sourire de vampire et une caresse monnayée dans un recoin de l’Élysée, non ?

Christophe Leclaire, Auteur de Insolvables ! Lettre d’espoir au monde que j’ai quitté (Flammarion, 2011)

(1) Livre de Pierre Péan, “La République des mallettes” (Fayard, 2011)
(2) Manifeste inédit jusqu’ici (censuré en 1939), exhumé par Macha Séry aux Archives d’outre-mer, à Aix-en-Provence, et publié le 18 mars 2012 par le journal Le Monde. « Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu propre accepte d’être malhonnête« . […] « Un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas. » A. Camus

Article publié le 23 mars 2012 sur Agoravox, le média citoyen

[R] Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimy. Par Patrick Chamoiseau

12 février 2012

L’homme éternel des Préfectures, Claude Guéant, la Voix de son Maître, a réveillé la Bête brune qui ronge la société française depuis des décennies et qui, depuis 2007, avec l’élection truquée par l’argent illégal dont a bénéficié la « machine à élire » de l’ancien ministre de l’Intérieur, aime à être caressée désormais sans complexe dans le sens du poil.
Le 10 février 2012, dans une tribune publiée par Le Monde, le grand écrivain français Patrick Chamoiseau, originaire de la Martinique, Prix Goncourt 1992 pour son roman Texaco, inventeur avec Edouard Glissant du concept de mondialité – vision du monde fondée sur l’ouverture des Cultures et la défense des imaginaires des Peuples –, en opposition à celui de mondialisation, tristement uniformisateur et réducteur des diversités humaines, apporte son éclairage aux propos pathétiques du politicien de la droite populiste jamais élu, ainsi que son soutien argumenté au député Letchimy qui a osé présenter clairement le débat de fond sur les civilisations à l’Assemblée nationale.
À l’heure où l’un des pires agents de la dictature du capitalisme inhumain s’apprête à entrer en campagne avec un discours éculé sur les prétendues valeurs de la France – alors qu’il devrait être déclaré inéligible du fait de ses comptes illégaux en 2007 –, il est du devoir de tout citoyen humaniste de faire entendre et de diffuser les mots de Patrick Chamoiseau. C. L.

Aucune excuse, aucune sanction, soutien total à M. Letchimy

Par Patrick Chamoiseau, écrivain

Quand on commence à hiérarchiser entre les civilisations, sur les degrés de « l’inférieur  » et du « supérieur », on entre dans une dérive vers les pires horizons. L’idée de civilisation, très à la mode durant les grandes conquêtes occidentales, renvoie à celle de culture dont elle serait le substrat le plus noble ; et le fait de culture débouche directement sur le socle de l’humain. Avec l’humain, venaient les absurdités de la « race » qui ont occupé les thèses de supériorité, et donc de hiérarchisation, où se sont abimés le comte Arthur de Gobineau, les anthropologies racistes, et toutes les justifications du colonialisme. L’idée de « race supérieure » engendrait celles de culture et de civilisation supérieures. Ce qui autorisait à inverser la formule et à considérer que la simple possibilité de civilisation supérieure impliquait sinon une race (on n’ose plus l’avancer) mais des cultures et des humanités inférieures. C’est pourquoi l’équation réversible coloniser = civiliser a si longtemps duré, et pointe encore de temps en temps un restant de ténèbres.

Dès lors, chaque fois qu’un pouvoir politique ou religieux a cru appartenir à une civilisation « supérieure », cela s’est toujours traduit par les grands crimes d’Etat que furent la Traite, l’esclavage, les colonisations, le système des camps de concentration, les apartheids, les génocides ou les purifications ethniques qui aujourd’hui encore occupent la vie du monde.

Donc, réactiver l’idée de civilisation, et recommencer à les hiérarchiser n’est pas une mince affaire ! Ce n’est pas non plus une simple stratégie électorale, mais un état d’esprit, voire un semblant de pensée. Derrière les déclarations répétées de ministre de l’intérieur de la France, se dessine l’auréole du discours de Dakar, les chroniques de la chasse aux enfants immigrés alentour des écoles, les velléités de police génétique contre les regroupements familiaux, la traque honteuse des Roms, le spectre du ministère de l’identité nationale, le grondement régulier des charters expéditifs, les quotas d’expulsions prédéfinis et célébrés, le renvoi des étudiants étrangers, et même la fragilisation systématique des immigrés en situation régulière qui, en ce moment, dès trois heures du matin, affrontent les glaciations devant les préfectures… En face d’une telle convergence, on croirait voir de grandes ailes qui s’ouvre pour un sinistre envol.

Ecoutons le « bon sens » du comte de Gobineau : « Les peuples ne dégénèrent que par suite et en proportion des mélanges qu’ils subissent, et dans la mesure de qualité de ces mélanges (…) le coup le plus rude dont puisse être ébranlée la vitalité d’une civilisation, c’est quand les éléments régulateurs des sociétés et les éléments développés par les faits ethniques en arrivent à ce point de multiplicité qu’il leur devient impossible de s’harmoniser, de tendre, d’une manière sensible, vers une homogénéité nécessaire, et, par conséquent, d’obtenir, avec une logique commune, ces instincts et ces intérêts communs, seules et uniques raisons d’être d’un lien social… » On croirait entendre le cahier des charges du ministère de l’identité nationale, ou la feuille de route de ceux qui se donnent la mission explicite de protéger la civilisation française contre les invasions ! M. Letchimy a donc vu juste et a dit ce qu’il fallait dire comme il fallait le dire.

Et il a fait honneur non seulement à la Martinique mais à la France et à son Assemblée Nationale toute entière. Car enfin, sans lui, le « célébrant des civilisations supérieures » serait venu, se serait assis, aurait écouté je ne sais politiquerie, et serait reparti sans que rien ni personne ne lui trouble la conscience. Il suffit d’imaginer que, dans les bancs derrière lui, soient assis, Clémenceau, Hugo, Lamartine ou Jaurès, pour mesurer ce qu’il aurait manqué à cette haute assemblée si M. Letchimy n’avait pas été là. Il aurait manqué le courage. Il aurait manqué la lucidité. Il aurait manqué une vision exigeante de l’homme et du rapport que les humanités peuvent nourrir entre elles !

Il y a donc une profonde misère morale à laisser supposer que son intervention aurait pour base de je ne sais quelle « sensiblerie tropicale » ; qu’il aurait hérité d’une « émotivité antillaise liée à l’esclavage » qui expliquerait je ne sais quel « dérapage ». Les soutiens et les analyses de cette sorte ne sont que honte et lâcheté.

De même, il est inadmissible que l’on balaie cela d’un revers de la main en indiquant qu’il s’agirait une polémique inutile. C’est un débat essentiel et profond. J’y vois l’affrontement majeur entre deux visions du monde et deux conceptions du vivre-ensemble dans le respect que l’on doit à la diversité des humanités. J’y vois une controverse radicale qui relève au plus au point de l’éthique contemporaine, laquelle est une éthique complexe et dont il faut à tout moment penser le déploiement. J’y vois le souci de dresser un rempart commun contre cette barbarie qui est déjà venue et qui peut revenir. Quel sujet peut se révéler plus sérieux que la conception même du rapport que les humanités doivent nourrir entre elles ?! Quels seraient les fondements d’un projet culturel, social économique, ou d’un programme présidentiel, qui déserterait cela ? Et que vaut une assemblée parlementaire où on se révèle incapable de discuter de ces fondamentaux-là ? Et que vaudrait une Assemblée Nationale qui s’aviserait de sanctionner (de quelque manière que ce soit) ce qui la ramène aux fondements des valeurs républicaines et aux lumières de Montaigne, de Montesquieu, de Voltaire, de Lévi-Strauss, ou de ce cher Edgar Morin ?

Sanctionner M. Letchimy, ou même en caresser l’idée, reviendrait à les sanctionner tous, et à laisser la porte ouverte à ces très vieilles ombres qui nous fixent sans trembler.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle

9 février 2012

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. Pendant que le « président », frauduleusement élu avec de l’argent illégal soustrait, entre autres, à une vieille milliardaire par abus de faiblesse, convole ridiculement en noces indécentes avec la grosse Allemagne au peuple paupérisé chaque jour davantage, des millions de Français mal logés grelottent avec leurs enfants dans leurs trous à rats insalubres et des milliers d’autres, jetés à la rue par notre civilisation sinistre du profit égoïste et de l’exploitation des pauvres, résistent comme ils peuvent à la mort.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. Mais refusant d’écouter les conseils ô combien avisés de Nora Berra, la pertinente secrétaire d’état chargée de la Santé, qui recommande aux SDF de rester chez eux en ces temps difficiles, c’est le moment que les Députés de la droite parlementaire, les Super Députés des Français, ont choisi, les fous et les rebelles, pour quitter l’hémicycle avec la mafia gouvernementale, en réaction aux propos lucides et mesurés de Serge Letchimy, député apparenté PS de la tropicale Martinique, qui interroge le ministre de l’Intérieur Claude Guéant, ce dernier étant persuadé que toutes les civilisations ne se valent pas, pour savoir si ce xénophobe notoire adoubé par le Front National considère que « le régime nazi, si soucieux de purification ethnique », était selon lui une « civilisation supérieure ». La question était simple, pourtant, en ces heures de commémoration du massacre de Charonne perpétré par la police française raciste et bien dressée. Pas de quoi aller chercher la réponse dehors (Sarkozy !). Mais rassurons-nous, les SDF multimillionnaires ne sont pas allés bien loin dans le frimas avec leur grande frime de négriers offusqués. Les salons dorés surchauffés avec l’argent public, et où les boissons chaudes sont gratuites pour les représentants du Peuple, auront suffi à préparer la riposte et à donner à ce tollé tous ses “éléments de langage”.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. De retour à leur mangeoire de braves représentants de la droite indignée, les élus d’affaires exigent des excuses qu’aucun socialiste, par solidarité avec leur collègue de couleur, ne s’abaissera à présenter – dieu merci, ou Allah, ou Bouddha, peu importe – au digne successeur des Papon et Bousquet, décoré lui aussi de la Légion d’Honneur, comme les Stone et Charden, ou la belle-fille saltimbanque (mais plus “banque” que “saltim”) de François Pinault.

Et voilà. Il n’en faut pas plus à cette France soumise, déboussolée, frigorifiée, surendettée, malmenée par le secteur bancaire et par le patronat, souillée par tant d’ignominie, pour s’émoustiller dans la polémique au lieu de descendre dans la rue et d’y jeter ces charlatans et ces tripiers de l’âme, l’infâme ministre de l’Intérieur en tête.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. Sortant la tête des jupes de l’Allemagne, le « président », qui aura bien du mal cette fois-ci à trouver de l’argent au black pour financer ce qu’il lui restera de campagne – l’essentiel étant actuellement payé au grand jour par le Trésor Public –, approuve en se touchant le nez (chacun interprètera ce nouveau “toc”, à moins que l’Allemagne ne soit pas aussi propre qu’il le dit) les propos de son rabatteur de l’extrême, qu’il trouve « plein de bon sens ». Tout est dit.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. Au lieu de mener une politique digne et souveraine, une politique de rassemblement où l’humain est au centre, où la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” a du sens au lieu d’être folklorique, le « président » des Financiers et des esclavagistes continue à faire la seule chose dont il est capable : diviser, semer la confusion et la haine, encourager l’obscurantisme le plus primitif, tribaliser les populations, les cultures, les civilisations, et les monter les unes contre les autres afin de détourner l’attention du hold-up géant, fantastique, de ce casse historique que ses Maîtres de la finance sont en train de commettre sous nos yeux avec notre complicité passive de citoyens crétinisés par les flonflons et les agitations de cette fausse démocratie.

Dehors (Sarkozy !), il fait froid, il gèle. Le portier « président », le petit groom du capitalisme mondial, a fait entrer la France dans son corridor de la mort. Et il n’y a rien à attendre des futures élections où, comme en Grèce, en Espagne ou en Italie, les crapules de ces gouvernements trafiqués aux ordres de la Finance alterneront leur savante impuissante avec l’immobilisme calculé des hordes socialistes, prêtes pour le gueuleton.

Dehors (Sarkozy ! Et les autres !), il fait froid, il gèle. Pendant que la caste politique s’amuse, spécule, prépare sa retraite dorée et se réchauffe la panse et le reste aux frais de l’État dévoyé, les classes moyennes et les plus pauvres s’enfoncent dans leur hiver sans broncher.

Espérons que les Grecs feront tomber cette Europe de misère, infectée par le capitalisme aveugle, et nous ouvriront les yeux et le coeur : la Révolution, c’est maintenant !

Christophe Leclaire, Auteur de Insolvables ! lettre d’espoir au monde que j’ai quitté, Flammarion

Nota Bene. Les rajouts entre parenthèses, contrairement à celui glissé habilement dans les colonnes du numéro 212 de “Télé 2 semaines” (groupe Prisma) – photo d’illustration (Capture d’écran/Pure Médias) –, ne sont pas le fait d’un acte de malveillance, mais bien de résistance citoyenne. Courage !

Article publié le 8 février 2012 sur Agoravox, le média citoyen

[R] Cour des comptes : quand Sarkozy liquidait un cinquième du stock d’or de la France

8 février 2012

En 2004, le ministre de l’Économie demande à la Banque de France de « gérer plus activement ses réserves de change ». Une mauvaise opération. L’or vaut aujourd’hui 1 310 euros l’once.
Article publié le 08/02/2012 sur Le Point.fr

Par Marc Vignaud

La Banque de France (BDF) a décidément des progrès à faire. Après avoir essuyé un « constat sévère » de la Cour des comptes en 2005, l’institution a une nouvelle fois été passée au scanner par les Sages de la rue de Cambon. Dans leur rapport annuel 2012, ceux-ci reconnaissent des progrès, mais s’inquiètent toujours d’un réseau territorial trop étendu et recommandent une rationalisation accrue des activités. La Cour dénonce notamment une baisse des effectifs – rendue incontournable après l’entrée de la banque dans l’Eurosystème – en trompe-l’oeil : selon les Sages, le mouvement s’est accompagné d’un recours accru à des prestataires externes, soit l’équivalent de 699 postes équivalents temps plein.

Au-delà de ses griefs, la Cour des comptes s’intéresse à un épisode méconnu qui a coûté cher à la puissance publique. Nous sommes en 2004, Nicolas Sarkozy dirige le ministère de l’Économie. Déjà à l’époque, les budgets sont difficiles à boucler et le futur président de la République cherche activement à limiter le déficit public… Le 19 novembre 2004, il annonce dans un communiqué s’être mis d’accord avec le gouverneur de la Banque de France pour une « gestion plus active des réserves de change de l’État ». Il s’agit en fait d’en finir avec la gestion de bon père de famille des réserves de change, grâce à la vente de 500 à 600 tonnes d’or sur les 3 000 tonnes détenues alors par la Banque de France. Le métal jaune, qui ne rapporte pas d’intérêts, doit être remplacé par un portefeuille en devises censé améliorer les rendements. L’État table sur un revenu supérieur à 200 millions d’euros par an.

Moins lucide que ses partenaires

Sauf que l’opération est tout sauf une bonne affaire. Entre décembre 2004 et septembre 2009, la BDF se sépare d’un cinquième de son stock de métal fin (589 tonnes). Et empoche, en cumulé, un pactole de 4,67 milliards. Mais le cours de l’or, lui, continue de s’apprécier ! Depuis trois ans, il a pris 94 %. Au final, si le programme n’avait pas été exécuté, la valeur des réserves en or de la Banque de France aurait atteint 19,4 milliards d’euros à fin 2010, quand celle des réinvestissements en devises s’élevait à seulement 9,2 milliards d’euros !

Étonnant quand on sait que « le rythme de mise en oeuvre du programme de vente » devait dépendre du jugement du gouverneur de la BDF sur son opportunité, « en particulier au vu de l’évolution des cours observés sur le marché de l’or ». Plusieurs pays, engagés dans des programmes similaires, ont d’ailleurs choisi d’y mettre fin plus tôt, comme la Belgique en 2005, le Portugal en 2006 et l’Espagne en 2007. Pas la France.